Histoire de Mâcon #4

« Je suis de nouveau sur le vélo, cette fois-ci pour 20 kilomètres. Je cale bien mes pieds et apprécie la fraîcheur du vent sur mes vêtements encore mouillés de la nage que je viens de finir. J’adore cette transition : sortir de l’eau et monter sur le vélo, c’est fantastique !

Je relève la tête et constate que mes deux coéquipiers, mon frère et Cow-Boy, s’éloignent petit à petit de moi. Ils sont beaucoup plus forts en vélo que moi, surtout mon frère. Je les appelle et leur demande de m’attendre. Je m’y prends à deux reprises pour qu’ils acceptent de ralentir.

Je les rejoins et leur avoue mon incapacité à suivre leur rythme. C’est comme ça : je ne suis pas assez entraînée en vélo. Comme on doit de toute façon arriver ensemble, sous peine d’être disqualifiés, nous prenons la décision d’aller à mon rythme. Mon frère se place devant moi pour m’entraîner, Cow-Boy reste derrière. Je m’excuse à plusieurs reprises le long du parcours de devoir les ralentir, mais ils sont adorables et m’affirment que je me débrouille très bien.

Les quelques équipes sorties après nous de l’eau nous doublent les unes après les autres. Il y a désormais peu d’espoir qu’on ne finisse pas derniers…

À la moitié du parcours, nous nous arrêtons au bord d’un champ pour une pause pipi insupportable : l’enchaînement de sport depuis le matin, et sans doute d’autres raisons, m’ont offert une petite crise de cystite. J’en ai régulièrement, donc je connais. Je sais que je n’ai pas assez bu pendant l’effort, et je le paye maintenant. En grimaçant, je remonte sur le vélo, épaulée par mes deux compères et on reprend la route. Au virage suivant, un des bénévoles nous indiquant le chemin me demande si ça va mieux. Je rigole en comprenant qu’il a dû assister à la scène de loin.

Bientôt, nous avons la voiture balais et l’ambulance derrière nous. Cela fait rire mon frère et Cow-Boy auxquels il n’était jamais arrivé de finir derniers à une course. C’est pourtant formidable d’être dernier : on est chouchouté et applaudi comme des rois à l’arrivée. Mais pour l’instant, j’essaie simplement de ne pas perdre mon rythme et de pédaler le plus fort possible.

Juste avant un pont, Cow-Boy déraille : mon frère et moi continuons, lui laissant le plaisir de nous rattraper en haut de la dernière côte. On arrive enfin vers la ville et vers la zone de transition, les trois vélos côte à côte. Le public est toujours là ! Du coin de l’œil j’aperçois bon nombre de participants qui sont arrivés et qui ont fini leurs deux tours de course. En arrivant, les jurys nous font descendre des vélos et contrôlent rapidement que l’équipe est au complet avant de nous laisser poursuivre. Je dépose mon vélo et mon casque avec soulagement.

Avant d’entamer les 5 kilomètres de course, je prends quelques secondes pour boire trois verres d’eau coup sur coup. Et c’est parti ! Cette transition-là est un toujours un peu plus difficile : les jambes flageolent un peu. Elles ont imprimé le mouvement de pédalage et ont du mal à passer en mode course. Nous sommes accompagnés du vélo balai : un des membres du jury, très sympa, qui va nous encourager jusqu’au bout.

Premier constat en début de course : l’équipe qui nous devance n’est pas si loin que ça. Deuxième constat : je sais déjà que je ne pourrais pas courir les cinq kilomètres. J’ai trop forcé sur le vélo pour être à la hauteur de mon frère et de Cow-Boy, et je n’arrive plus à donner la même impulsion pour courir. Je m’arrête régulièrement pour marcher vite, notamment dans les petites montées. Mon frère, qui pourtant n’a pas l’habitude, gère très bien sa course. Il est légèrement devant nous et Cow-Boy reste vers moi et m’encourage. Je suis sûre qu’au fond de lui, il enrage, même un tout petit peu. Car ces cinq kilomètres, pour lui, ce serait fait en vingt bonnes minutes à peine.

Et puis j’ai un autre souci, qui va s’estomper vers la fin seulement : je ne sens plus ma main gauche. Me suis-je trop crispée sur le vélo ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pendant un bon moment, plus aucune sensation dans toute la main.

Les cinq kilomètres se font en répétant la boucle de 2,5 km du matin deux fois. Lorsqu’on approche du public, à la fin du premier tour, je glisse à Cow-Boy que je ne suis pas sûre de pouvoir faire le deuxième tour. Il est compréhensif. Le jury qui nous suit à vélo me met en garde : si j’arrête, toute l’équipe devra arrêter. Ma conscience me travaille aussitôt. Mais je n’y pense déjà plus : on approche des stands, nos supporters sont là. Nous passons devant eux en courant, j’attrape un verre d’eau que je bois à moitié et sans m’en rendre compte, j’ai déjà entamé le deuxième tour.

« Alors on continue ? » me demande Cow-Boy tout en courant à mes côtés. Devant nous, mon frère tient bon. Lui qui ne se sentait pas capable de faire un deuxième triathlon dans la journée, il nous entraîne à sa suite, avec le sourire. « Oui, on va au bout ! On va au bout ! » Je marche vite, je cours, je marche vite, je cours… Je retrouve ma main avec quelques fourmillements. En haut du dernier pont, une dame sur le trottoir d’en face nous interpelle : « C’est vous les Triathlètes du Dimanche ? » C’est le nom que j’avais trouvé pour notre équipe au moment de l’inscription. On confirme et elle nous encourage fermement. Le jury qui nous suit en vélo me met au défi de ne plus marcher jusqu’à l’arrivée !

On s’élance sur les trois cents derniers mètres. C’est bête, mais mes yeux se remplissent de larmes en voyant l’arrivée devant nous. On y est, on y est ! Cow-Boy m’attrape la main, mon frère aussi. On accélère légèrement, et on passe la ligne d’arrivée comme des héros !

Notre arrivée en équipe !

Voilà, nous sommes derniers, mais en nous retournant pour regarder notre temps sur l’écran, on a l’impression d’être les meilleurs : 1h59. Challenge réussi en moins de deux heures ! » (fin)

Merci d’avoir lu ce petit récit ! 😀 Merci aussi à nos supporters et à mes collègues triathlètes : c’était vraiment une journée de dingue que j’ai du mal à me sortir de la tête ! Vivement le prochain triathlon !! En attendant, je dois me reconcentrer pour être en forme dimanche prochain : avec Cow-Boy nous allons à Colmar pour faire le swimrun. Bonne journée tout le monde ! 😀

17 réflexions sur “Histoire de Mâcon #4

      1. Non, pas de douleur. Peut-être très légèrement au niveau des adducteurs, mais ça s’est estompé très vite dans la journée. Justement, je vais faire un article là dessus aujourd’hui, car suite au swilmrun d’hier, là, j’ai mal !! 😀

        Aimé par 1 personne

      1. C’est tout de même éprouvant. Il faut laisser le temps au corps pour récupérer. J’ai toujours fait du sport et j’ai du tout arrêter quasiment du jour au lendemain… Donc, tant que tu peux… Lance toi.

        Aimé par 1 personne

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