Histoire de Mâcon #2

« Je suis trempée, et je pédale à toute allure. Dans mon dos, les applaudissements du public s’éloignent peu à peu. Je suis sur ma deuxième épreuve du triathlon XS de Mâcon, je viens de nager les 250 mètres dans la Saône et je suis d’attaque pour les dix kilomètres en vélo. Plutôt que de pousser sur les pédales et de fatiguer mes jambes, j’essaie, dès le début du parcours, de donner l’impulsion en levant les cuisses.

Je me concentre à chaque virage. Je n’aime pas le vélo et ne suis pas à l’aise dessus. D’autant que j’ai pour l’occasion un vélo emprunté à ma belle-mère. Il est très bien, très stable et les vitesses passent bien. Mais c’est un VTT. Tous les autres participants à la course me dépassent les uns après les autres, sur leur vélo de route suréquipé. Mon beau-frère aussi, finit par me rattraper. Il me double en me lançant un « Allez, tiens bon ! » Je tente de le suivre en forçant un peu mon rythme. Son tee-shirt blanc s’éloigne un peu, mais je l’aurai quand même dans ma ligne de mire presque jusqu’au bout.

Alors que je m’étonnais de n’avoir toujours pas été rattrapée par mon frère, le voilà qui me double en me lançant quelques mots d’encouragements. Il va vite, très vite. Le vélo c’est son truc : je le vois s’éloigner comme s’il se baladait, tandis que je galère de mon côté !

Dans un virage épingle, un autre concurrent venant de derrière me demande de serrer ma droite en criant. Il me surprend, je freine et perds de l’allure. Un peu plus loin, le parcours passe sur une voie ferrée : un cycliste est tombé. Je l’encourage en voyant son genou blessé et il me fait un sourire de remerciement avant de remonter sur son vélo. On ne lâche rien !

Tout le long du parcours, les bénévoles sont là pour nous indiquer la route. Bientôt, je reconnais au loin les quais : la zone de transition approche ! Je quitte la route et m’insère entre les barrières. De chaque côté, le public applaudit. Je descends du vélo devant le jury qui m’arrête et m’autorise à rentrer dans la zone.

Surprise de taille : les vélos de mon frère et de Cow-Boy ne sont toujours pas là ! Ils m’ont tous les deux dépassés et j’arrive avant eux… Tout en retirant mon casque pour enchaîner avec la course, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter. Sont-ils tombés eux aussi ? J’ai aperçu une ambulance arrêtée sur le parcours et mon imagination s’affole. Je quitte malgré tout la zone de transition et m’élance sur les 2,5 kilomètres de course, dernier rempart avant l’arrivée !

Je vois nos cinq supporters, ils sont bien là. Ils m’applaudissent et m’encouragent. On ne doit jamais minimiser le rôle d’un supporter, surtout celui que l’on connaît personnellement. Entendre son prénom en plein effort, voir un visage familier alors que le cœur bat son plein, c’est comme prendre du dopage : ça multiplie les forces, ça regonfle le courage.

Malgré mes jambes un peu tremblantes après le vélo, je pars donc motivée pour la course. De loin, j’aperçois Cow-Boy qui pose son vélo et je suis aussitôt soulagée. Évidemment, il me rattrape à la course en un rien de temps. Il est fort mon chéri, très fort ! Il me dépasse comme s’il n’avait rien fait avant, ni nage, ni vélo !

J’ai un point de côté qui ne me quittera qu’à la moitié du parcours. Je respire profondément et expire fort en relâchant les bras. Il va passer, il doit passer car je ne veux pas m’arrêter de courir. Je ne veux pas marcher, pas cette fois ! C’est dans la première descente que mes côtes respirent enfin : je retrouve mon rythme habituel et m’autorise même un clin d’œil au photographe qui m’attend à un angle de rue. Je passe le deuxième pont et je commence à jubiler : l’arrivée est là, juste au bout, à cinq cent mètres !

L’émotion me gagne un instant. Plus l’arrivée approche, plus les applaudissements se font intenses et j’accélère. J’en veux plus, je veux aller plus vite. J’aperçois Cow-Boy au bout qui me fait de grands signes. Derrière lui son frère est arrivé aussi. Il y a tout le monde, toute la famille. J’agrandis ma foulée, je sprinte. J’entends le présentateur au micro qui dit mon nom et je passe la ligne !

J’atterris dans les bras de mon Cow-Boy, essoufflée mais aux anges : j’ai tout donné ! Mon frère n’est pas arrivé. En l’attendant, les conversations vont bon train autour du mystère de la partie vélo. Pourquoi suis-je arrivée avant eux alors qu’ils m’avaient dépassé ? Bien vite on comprend : il y avait une petite boucle supplémentaire à faire dans le parcours vélo que ni mon beau-frère ni moi n’avons faite. Sans le vouloir, nous avons triché !

Je mets de côté ma frustration pour encourager et accueillir mon frère qui arrive. Il est rouge, en sueur, mais le sourire aux lèvres. Nous sommes tous les quatre des triathlètes ! Après un rapide calcul, Cow-Boy estime que même si j’avais fait la boucle supplémentaire en vélo, j’aurais quand même réalisé mon XS en juste moins d’une heure. Je suis ravie !

Antoine à l'arrivée

Mais notre joie sera de courte durée… Tandis que mon beau-frère et sa petite famille nous quittent, car d’autres activités les attendent, Cow-Boy, mon frère et moi-même, nous dirigeons vers le stand du triathlon S de l’après-midi. Nous nous sommes tous les trois inscrits en équipe à ce deuxième triathlon de la journée car il permettait de faire le parcours en relais. Je m’occupais de la nage, Antoine du vélo et Rudi de la course. Du moins, c’est ce que nous pensions… En nous expliquant le principe, la bénévole du stand comprend que quelque chose cloche. Elle finit par nous dire : « Attendez, on est d’accord que c’est en équipe que vous le faites, pas en relais ? »

Mea culpa… J’ai mal lu au moment d’inscrire notre équipe. Il ne s’agit pas du tout de faire chacun une épreuve, il s’agit de tout faire, tous ensemble. Antoine décline aussitôt, affirmant qu’il lui serait impossible de refaire le double des distances de ce qu’on vient tout juste d’achever… Je pense pour ma part que l’on peut y arriver, à notre rythme. Nous devons nous mettre d’accord car la décision doit être prise maintenant… »

à suivre demain ! 😀

16 réflexions sur “Histoire de Mâcon #2

    1. Chuuuuut pas si fort !! lol Avec Luigi, on est allé se dénoncer auprès du jury juste après. Tiens c’est vrai que je n’ai pas raconté ça. Ils nous ont très gentiment imprimé nos résultats quand même à titre perso, avant, bien entendu, de nous retirer des chronos officiels. Il y avait une quinzaine de personnes qui s’étaient fait avoir. C’est dommage mais comme personnellement, je ne cherchais pas à faire un temps, ça m’était égal. 😀

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